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13 février 2009.

La photographie argentique grand format au 21ème siècle.

A l’heure du numérique bon marché, performant et facile d’accès, la (...)

A l’heure du numérique bon marché, performant et facile d’accès, la photographie argentique a-t’elle encore sa place ? Les photographes continuant à la défendre font-ils fausse route ?

Ce petit article sans prétention vous permettra de vous faire votre avis, au travers de ce que l’argentique a de plus noble : la photographie à la chambre.

Pourquoi encore utiliser la photographie grand format ?

A l’ère du tout numérique, la photographique argentique grand format a-t’elle encore un sens, ou est-elle réservée à de vieux photographes nostalgiques et/ou allergiques aux évolutions technologiques ? Les arguments, et contre-arguments sont nombreux. En voici quelques-uns en faveur de l’argentique grand format :

Définition de l’image grand format.

Plus le négatif est grand, plus il contient d’informations, et plus il peut être agrandi sans perte de qualité. La définition des capteurs numériques actuels (du moins ceux accessibles au grand public) est supérieure aux négatifs 24x36mm et tutoie désormais celle des négatifs moyen format 6x6cm. Pour des résolutions supérieures, les films argentiques grand format (à partir de 10x12cm) sont encore incontournables, du fait du prix exorbitant des capteurs numériques moyen et grand format. Le photographe amateur à la recherche de tirages grand format a donc encore intérêt à utiliser l’argentique grand format. Il va de soit que le photographe pro, se tournera plus aisément vers le numérique.

Contrôle de la perspective.

Les mouvements de décentrement (de l’objectif par rapport au film) des chambres grand format permettent de contrôler la perspective de l’image. Par exemple, le parallélisme des verticales ou horizontales d’un immeuble peut être conservé. Au contraire, la perspective peut être exacerbée. Ceci permet de donner l’impression d’un point de prise de vue différent du point de vue réel. Cette propriété de la chambre grand format est particulièrement intéressante pour les photographes d’architecture, qui, dans l’environnement encombré des villes, ont rarement le choix du point de prise de vue. Des objectifs à bascule et décentrement sont également adaptables sur les reflex numériques actuels, mais leurs mouvements sont tout de même limités par rapport à ceux d’une chambre.

Maîtrise des plans de netteté.

Les mouvements de bascule (de l’objectif par rapport au film) des chambres grand format permettent de choisir le plan de netteté. Il est obligatoirement parallèle au film pour un appareil classique, alors qu’il est orientable à souhait (dans les limites du cercle image de l’objectif) pour une chambre. Ceci permet par exemple d’obtenir la netteté d’un paysage de quelques centimètres à l’infini, sans réduire l’ouverture de l’objectif. Il est également possible de limiter la zone de netteté à une zone spécifique et de créer ainsi des images impossibles à obtenir sans bascule.

Rigueur de la technique et réflexion de la prise de vue au tirage.

La lourdeur de l’équipement grand format, ainsi que le coût du négatif et de son développement, exige une rigueur à la prise de vue. Ceci oblige le photographe grand format à connaître parfaitement son matériel et ses possibilités. Chaque prise de vue est ainsi le fruit d’une réflexion derrière le dépoli. Dès les réglages de la prise de vue (cadrage, mise au point, bascules, décentrements, ouverture et vitesse de l’obturateur, ...), le photographe a en tête le tirage final. Contrairement au mode automatique des appareils numériques actuels qui pousse à "mitrailler" en espérant tirer une photo parmi les centaines de prise de vue, la photographie argentique grand format nécessite apprentissage, réflexion et rigueur et permet de progresser rapidement dans sa technique photographique et dans les résultats obtenus.

Procédés de tirages alternatifs.

Le photographe numérique est limité à quelques papiers pour ses impressions. En plus des papiers argentiques classiques, le photographe argentique grand format a accès aux techniques de tirages dits alternatifs. Ces techniques historiques de tirage par contact nécessitent des négatifs de la taille du tirage désiré. La chambre grand format est ainsi incontournable. La diversité des rendus des tirages alternatifs donnent au photographe la possibilité d’élargir sa palette, avec comme seule limite son imagination (et ses connaissances en chimie ...). Les produits chimiques de base utilisés sont toujours disponibles dans le commerce. Alors que les papiers et imprimantes proposées par les fabricants suivent les attentes du marché, menant à une uniformisation des impressions qui finissent par toutes se ressembler.

Le grand format, c’est compliqué ?

La prise de vue en grand format est facile. Il faut maîtriser les fondamentaux de la photographie pour obtenir de bons résultats. En effet, tout est manuel, pas de mode auto ! La chose se corse un peu lorsque les bascules et décentrements deviennent nécessaires, mais la pratique et un peu de réflexion viennent vite à bout des soucis du débutant.

Le développement, qui peut être sous-traité dans un premier temps, devient rapidement un des éléments à maîtriser, surtout pour les procédés de tirage alternatifs. Mais là aussi, un peu de motivation, un goût pour le travail manuel, quelques erreurs et un peu d’aide et de pratique permettent de rapidement progresser.

Le tirage est une étape très importante pour le photographe désireux de créer son image, de la prise de vue à l’objet photographique final. Le tirage sous l’agrandisseur nécessite également du temps et de la pratique. Mais une fois maîtrisé, il permet au photographe tireur de maîtriser son oeuvre finale, en y apportant les nuances désirées (contraste, nuances de tonalité, choix du papier, ...). Les procédés alternatifs demandent plus d’expérimentations, étant donné le peu de formations et de bibliographie disponibles. Mais le résultat est à la hauteur de l’investissement de temps nécessaire !

En résumé, la photographie argentique grand format demande un investissement, surtout en temps, pour être maîtrisée de la prise de vue au tirage. Mais quiconque va au bout de cette démarche a la grande satisfaction d’avoir entre les mains un objet photographique artisanal unique, fruit de son imagination et de sa motivation.

Références

Pierre-Jean Amar, La photographie, histoire d’un art, Edisud.
Pierre Groulx, La photographie en grand format, Modulo.
Philippe Bachelier, Noir et Blanc, de la prise de vue au tirage, Editions VM.




Montagnard et photographe, amateur mais passionné, je lie ces deux passions aussi souvent que possible, afin de traduire ma vision de la montagne, simple et contemplative. La photographie argentique moyen et grand format est selon moi le (...)



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